Le Joueur

L’inoubliable

Mutumbula. Un nom qui résonne et que l’on retient. C’est le surnom de Pierre Ndaye Mulamba, l’ancien attaquant des Léopards du Zaïre devenu République Démocratique du Congo depuis. Un joueur au talent certain et à l’histoire aussi grande qu’émouvante.

Enfant, Pierre Ndaye Mulamba respirait football et montrait déjà des aptitudes particulières. Georges, son père, ne voulait en aucun cas que son fils devienne footballeur considérant qu’il ne s’agissait pas d’un vrai métier. Cependant, il dû vite lâcher prise car le talent unique du petit Ndaye attirait les regards. À 15 ans, le jeune attaquant était déjà une star dans sa région natale du Kassaï Oriental et en intègre même le club principal de la Renaissance du Kassaï. Il rejoint ensuite l’AS Bantou puis la célèbre équipe de la capitale en 1973, le Vita Club de Kinshasa. Avec cette équipe, il remporte la prestigieuse coupe des clubs champions d’Afrique la même année. En 1974, il fait partie des Léopards qui remportèrent la coupe d’Afrique des nations (CAN) organisée par l’Égypte. Durant le tournoi, l’attaquant se distingue en marquant neuf fois en six matchs faisant de lui le recordman de buts inscrits sur une seule édition.
De retour au pays, l’équipe championne est célébrée, chantée et acclamée. Dans cette euphorie collective, Ndaye fait figure de principal héros grâce à ses nombreux exploits qu’il doit à sa vitesse d’exécution et son sens inné du but. Le Zaïre peut désormais se tourner vers la compétition ultime, la coupe du monde en RFA (République Fédérale d’Allemagne). C’est le premier pays d’Afrique subsaharienne à participer à un mondial, et les attentes sont grandes. Auréolés de leur titre de champions d’Afrique, les Zaïrois ont confiance en leurs qualités et en leur buteur maison.

Cependant, la coupe du monde ne va pas se passer tel que Ndaye et les Léopards l’avaient espéré. Énervés et exaspérés de ne pas avoir reçu leurs primes de la CAN, les joueurs Zaïrois réalisent un tournoi avec un moral au plus bas. Ils perdent leurs trois matchs de poule et sont donc éliminés dès le premier tour. De plus, Mutumbula est exclu lors du second match contre la Yougoslavie pour un mauvais geste envers l’arbitre dont il n’était pas l’auteur et manque ainsi le troisième match. La frustration est grande car à cause d’un problème d’attribution de primes qui s’est reproduit pendant le mondial, dû aux dirigeants zaïrois de l’époque, les joueurs ont été préoccupé et n’ont pas pu montrer véritablement ce qu’ils savaient faire. Pour beaucoup d’entre eux, ces récompenses financières pouvait changer leur vie. De retour au pays, les Léopards n’ont plus le statut de héros national et n’intéressent plus. À commencer par le président Mobutu qui n’accorde plus de réelle importance au football. Ndaye qui a suscité un temps l’intérêt du Paris Saint-Germain, retourne au Vita Club où il atteint une nouvelle fois la finale de la coupe d’Afrique des clubs champions.

À la fin de sa carrière, il tombe dans l’anonymat et mène une vie modeste. Il revient dans la lumière en 1994 lors d’une cérémonie organisée par la confédération africaine des nations, à Tunis, afin de lui rendre hommage et l’honorer d’une médaille. Une récompense que lui réclama le ministre des sports de l’époque pour la remettre au président Mobutu. Ndaye refusa fermement. Cela entraînera une attaque de sa personne, à son domicile, par des émissaires du régime en place. Durant cette agression, Ndaye est grièvement blessé et son jeune fils également. Ce dernier finira par perdre la vie quelques jours plus tard. Afin de se remettre de ses graves blessures qui l’ont physiquement handicapé, son médecin l’envoie en Afrique du Sud pour y suivre une rééducation. Il ne quittera plus ce pays où il exercera le métier de car parker pour survivre. Mutumbula reçu de nouveaux honneurs en 2009 de la part du président de la FIFA, Sepp Blatter avant le tirage au sort de la coupe du monde 2010.

L’ancien attaquant a toujours gardé le football dans son cœur. Il entraîna même bénévolement de jeunes sud-africains. Comme il le dit lui-même, ce sport lui a apporté autant de joies que de peines. Une de ces joies était de voir six pays africains participer à cette coupe du monde en Afrique du sud. Le parcours de Pierre Ndaye Mulamba est celui d’un footballeur de talent, célébré et édifié, qui est passé par les émotions les plus intenses.
C’est l’histoire d’un homme qui tout au long de sa vie a montré de magnifiques qualités humaines, qui s’est battu pour survivre et ne pas tomber dans l’oubli. Une histoire qui nous prouve que le football et le sport en général produisent de vrais héros dont l’impact va bien au-delà du stade. Et même s’il nous a quitté récemment, l’esprit de Mutumbula continuera de guider et d’inspirer les jeunes générations.

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